proses
           danielle             stéphane

 

 

                        la naissance de vénus


            Je suis à mon premier matin du monde. Face à la mer d’où j’émergeai. Dans le soleil du petit jour. Seule. Mais je sais, je sens les hommes, les femmes, les enfants, derrière moi, encore loin, avançant dans un frémissement de voix heureuses. Ils approchent et j’irai vers eux.

Pas déjà, pas encore !

Je bois d’abord ma solitude face à l’immensité.

A mon front l’or étincelle et sur mon sein resplendit le diamant.

Le voile dont je me pare caresse mon ventre et mes chevilles. Mes cheveux ruissellent dans mon cou et mes doigts glissent au long de mes oreilles et de mes lèvres. Mon parfum d’écume se mêle à celui des lis et des oranges.

Bientôt je marcherai vers toi, l’homme dépouillé de l’enfant. Au sein des profondeurs marines déjà je t’espérais. J’ai su attendre la rencontre. L’heure est proche.

Du loin tu me verras, ma voix tu entendras. Alors tu me reconnaîtras et nous marcherons l’un vers l’autre au rythme des battements du cœur du monde. Et tu me toucheras et j’entendrai ton souffle murmuré. Alors tu me nommeras : « Vénus ! »

Et je te répondrai par le « oui » de l’abandon. Femme !

27 juillet 1996

 

 

 

 

                                                                appelez-moi alice !


            Perverse ? – Délicieusement !
            Avec mon innocence d’enfante…
            Et comment ne pas l’être ?

De ma mère pudique ne se découvraient à ma curiosité que des bribes :
La courbe d’une épaule, d’une nuque, d’un sein, d’une hanche, d’un genou,
La rectitude d’un bras, d’une jambe, l’étroitesse d’une cheville… 

Dans la chambre noire de mes rêves se jouaient les kaléidoscopes de mes corps.
Mes poupées se faisaient serpentes, monstres gentils ou effrayants.

Metteur en scène de mes songes de nuits d’enfance, je jouais tous les rôles de mes drames.

A corps défendu, je cherchais le lieu des corps accordés.
Le long de mes insomnies je dérobais au mystère des chambres obscures des éclats lumineux de fleurs, de cheveux, de dentelles de mes presque mères, presque sœurs.

De mes traversées de miroirs me restent des étirements de mémoire où les ventres se font duels et les nombrils soleils jumeaux.

De mes voyages optiques je vous apporte les traces de mes délices : là où les rougeoiements de l’ombre palpitent à l’unisson du cœur de la rose. 

La femme est ici déesse. 

Prêtresse d’un culte où l’homme absent n’est admis que dans le frémissement des plissés de rideaux. 

Pour l’accès au chœur, il doit payer le prix ! 

Alors le scarabée le guidera aux méandres du labyrinthe. 

Devant l’autel, moi, Alice, en ma taille de femme, je l’attends ! 

            Le prix ? Aimer !

 

 

 

 

                             a l’heure ou les licornes iront boire aux fontaines


            Les portes s’ouvriront sur des sphères bleu de nuit roulant dans des moires de lumières argentées.

            Il y aura des étoffes par milliers ! Des soies, des velours, des satins… des noirs hypnotiques, des indigo somnambules, des violets indolents, des roses voluptueux, des verts sucrés ou acides, des bleus d’océan ou de ciel, des rouges de braises ou de sang, des jaunes de soleil, des gris de plumes…

            Il y aura des fleurs aux parfums doux ou âpres avant un couloir illuminé d’où jailliront des chants d’hommes et de femmes encore invisibles vers lesquels j’avancerai avec dans la gorge les frissons de la peur et de la joie.

            Peu à peu je les reconnaîtrai, ces femmes et ces hommes heureux de me surprendre : « Toi ici ! » « Comment ! Toi ! »

            Et au bout du couloir il y aura un quai, sous la nuit et un pont jeté sur le fleuve.

            Au bout du pont tu seras là, souriant.

            Tu m’auras attendue dans la nudité de l’à venir.

            Alors je saurai que là-bas, les licornes viennent enfin boire aux fontaines.

 

 

 

 

                        elle dormait nue


Il était passé maître dans l’art du déshabillage.

Nues !

Il les voulait nues.

Les boutons des chemisiers, les agrafes des soutiens gorge, les fermetures à glissières, les pressions, les lacets, les nœuds, les rubans… ne détenaient pour lui plus aucun secret.

Elle, il n’eut pas à la dévêtir.

Elle dormait nue lorsqu’il la vit sur la plage étendue parmi les crabes, les crevettes et les puces d’eau.

Abandonnée à l’innocence de ses rêves, elle sommeillait corps ouvert et son sexe faisait comme un astre à cosmonauter.

Oiseaux, crustacés et torpilles se sentaient poignards de plumes et de flammes par le désir d’ouvrir sa corolle purpurine.

Mais lui connecta les seins de la belle et déchargea sur eux les doses électriques de ses revolvers intersidéraux.

Elle vibra.

Passant la langue sur les lèvres de ses bouches, elle cambra l’angle de ses gyroscopes.

Il savait vivre et déposa ses armes et ses éperons avant d’entrer dans son pénétrable cinétique tapissé de velours et de soies.

Le soleil fit un tour à l’endroit et un tour à l’envers et tous les cosmonautes des ciels et des enfers pouvaient aller se faire voir dans d'autres galaxies...

Dans le silence du crépuscule, il y eut alors comme un soupir d’enfant étonné qui dessinait sur le sable des morceaux d’étoiles égarées.

4 octobre 1998

 

 

 

Danielle Stéphane, escritora e pintora, vive e trabalha em Lyon. Já expôs em toda a França, e também em Nova Iorque e Varsóvia. Tem publicado poemas nas revistas I Rouge, Le Fou du lire e Bacchanales. Entrevistas com o escritor Roger Grenier publicadas em Le Droit de se contredire (La Passe du Vent, 2001). “Accompagnements d'encre” para o livro Et comme tremble d'exulter do poeta Gabriel Legal. Livros em dois exemplares: Elle dormait nue e La Naissance de Vénus, ambos ilustrados por Thierry Lambert.

 

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